En passant
Rejoindre le Pèlerinage des Saisons
< tous les cinq jours, durant une année japonaise, recevoir les fragments de poèmes sur son téléphone >
< entre un à six fragments, à heure fixe >
Ressentir le temps couler.
< Vivre une expérience synchrone au rythme où s’inscrit la poésie >
< Pulsation – Emergence – Passage >
Retrouver les pas de l’année écoulée
< Plonger >
< sur le site Saisons Nomades lire, relire les archives des poèmes de l’année >
< Prendre le temps>
< blog & podcast, considérations sur la temporalité : comment elle est comptée, vécue, contée, créée >
Prendre le temps
Invitation au voyage
Chère toi,
Cher toi,
D’ordinaire la poésie est beaucoup trop éloignée.
En tous cas, la poésie écrite : rangée dans un livre, rangée sur une étagère, elle attend un interstice dans ton temps encombré parmi les paroles qui bruissent comme des abeilles, que le désir te vienne d’aller la saisir, l’ouvrir, parvenir à faire assez de blanc sur ta page intérieure pour qu’elle puisse sonner à plein.
Comme un gardien de phare, elle attend ton signal.
Qu’il y ait assez de solitude en toi pour sa lumière éclaboussante, pour sa puissance.
Que tu tendes l’oreille au seul son des mots dans la forêt d’images mouvantes.
Que se fasse le noir, et que dans le noir viennent les couleurs intérieures, inouïes.
Dans le Pèlerinage des Saisons je te propose d’être un Pèlerin : t’engager sur un sentier qui chemine, longtemps.
Assez pour te délester de la décision du départ, des bagages du sens, de l’élan initial.
Assez pour te perdre, pour qu’ils viennent te prendre, n’importe quand, les mots.
Je voudrais te mener sur la route des mots venus des saisons.
L’expérience que j’ai eue de me tenir là, à cette fenêtre, à guetter sans relâche. Tant de fois. Sans choisir, sans attendre le bon moment.
J’ai accepté que les mots viennent me chercher de la part des saisons changeantes, sur le décret du dehors, en ouvrant la porte, chaque fois, au messager.
Toi aussi, tu peux accepter.
Que les mots viennent te chercher. N’importe quand, et tu dois y être. Et tant pis si tu n’es pas prêt, et tes bagages en désordre. Attrape ce que tu peux. Prends ton manteau, tes chaussures et viens.
Au Japon il existe 72 instants, tout au long de l’année, où se tourne une page fine du temps. Tous les cinq jours un nouvel arrivant, un nouveau départ. Le faisan commence à chanter. Le blé pousse sous la neige. Les arcs-en-ciel se cachent. La rosée luit sur l’herbe.
C’est maintenant.
J’ai reçu cette nouvelle, je l’ai décachetée. Prise au gîte, tirée de sa cachette. J’ai levé la tête et ouvert les yeux. J’ai écrit.
Maintenant je t’envoie les fragments qui subsistent de ce qui fut inscrit. Au jour où la page se tourne, tu les reçois.
Il sont un, ou deux. Ou trois, comme un Angelus. A heure fixe, ils te trouvent.
Cinq, comme le muezzin, six, comme la Liturgie des Heures dans le Monastère des saisons.
Et toi, tu peux ne pas prêter attention à la voix des saisons, continuer ce que tu fais. Ou t’interrompre. Te découvrir, te recueillir, prêter l’oreille.
Si tu viens, si tu entames le pèlerinage des saisons, tu marcheras dans la longue année à petits pas.
Venu du Pays du Soleil Levant, le guide t’indiquera les herbes, les pierres minuscules, les ruisseaux qui longent le chemin. Son frémissement.
Tu y retrouveras les empreintes de mon voyage, l’année passée.
Viens avec moi.
Tu ne le sais pas, tu les aperçois peut-être.
Ils sont avec moi : les moments de l’année, les vivants aperçus.
PS :
je voulais que les mots arrivent dans ton téléphone, comme un murmure ; la bouche contre l’oreille pour prononcer le secret.
Je voulais que les fragments de poèmes soient comme des coquillages ramassés sur le rivage, qu’on porte à l’oreille pour entendre la mer lointaine, une fois qu’elle a disparu.
Ce coquillage, c’est le colimaçon de l’oreille.
Sais-tu que l’oreille interne contient également un corridor enroulé en forme de coquille, une coque spiralée intégrée à notre crâne ?
On l’appelle cochlée – ça sonne assez comme coquillage….
Sais-tu que la poésie c’est la mer qui souffle son écume sur notre rivage intérieur ?


