1東風解凍
Derrière les mots s’inscrivent les pas dans la neige Animaux de passage
2黄鶯睍睆
Outremère tu m’as délaissée sur la vague
2.1
L’orange du cœur brisé sur la table à repasser
2.3
Mon chant pond ses œufs dans la neige Talus de l’être couché dans le fossé
3魚上氷
Je dois moi aussi sortir mes cheveux de la cascade et laver le fleuve
3.1
La rivière de nos larmes à rebours du courant Le long des berges rayons d’abeille dans les aiguilles de pins Nous découvrons ce qui découle
4土脉潤起
La pluie humidifie la terre Ô ma mère l’ondée
5霞始靆
Je m’enivre de givre lèvres couvertes pellicule froide blême sourire de volcan assoupi
6草木萌動
L’orange du cœur brisé sur la table à repasser
7蟄虫啓戸
Les insectes sortent de leur hibernation leurs crochets grattent mon imagination dépècent ma raison
7.1
Cousins des cousins, frères des frères défunts des défunts, vivants des vivants siècles des siècles ressuscités
7.2
Les insectes armées noires furibondes déversent leurs rapides de charbon sur mon visage
8桃始笑
Les jeunes femmes sont tristes Les vieilles femmes sont des colombes blanches rassemblées sur les dalles
8.1
Les flammes sont roses parfois La rose est dedans roulée dans ses spirales d’épines
9菜虫化蝶
Une balle dans la tête comme Evariste Galois n’a pas détruit sa pensée Elle déferle calmement sur le rivage des idées
10雀始巣
La divinité ne s’est pas levée ce matin
11櫻始開
Les premiers cerisiers sont en fleurs noyau amer dans ma gorge Le coin entre en moi me fend Les fibres se découvrent Jusqu’au cœur je suis vivante
12雷乃発声
Tonnerre il a grondé cette nuit écrasé mon lit dans sa paume les pieds tremblants sur le plancher
13玄鳥至
Le bleu sort vainqueur dernier debout des sept mercenaires de la couleur
14鴻雁北
Les oies sauvages volent vers le nord dans le sable des lisières je pleure des larmes de sable pour alourdir les estuaires
14.1
Le souvenir Chair d’huître repliée en perle dans sa coquille fracassée au bord des rochers noirs où nous avons écouté une dernière fois la mer l’été dernier
14.2
À la fenêtre proche le son cogne en moi brutal comme un clocher
14.3
rien ne pèse au sommet plus de gravité Nuages mes tantes effacées
14.4
À toi on ne se fie pas À moins de finir noyée dans l’eau du torrent marmite du diable tournoyante
15虹始見
L’arc en ciel tombe sur les draps me tombe dans les bras Comme du fourrage les brassées de jadis
16葭始生
J’écoute les cheveux pousser dans le creux du bosquet dans le terrier du lièvre
16.1
Ô Alice le lapin blanc courait dans tes rêves La porte mosaïque blanche et noire comme un combat de reines déjà
16.2
Ta tête tombait Alice sous les coups de massue ta pensée perdait ses rouages sur l’échiquier
17霜止出苗
Mémoire que je mange avec des baguettes On ne va pas prendre de gants
18牡丹華
Adieu beauté Ton velours entrevu chiffon de giroflée agité au tournant sombre
19蛙始鳴
La peine chante en moi comme la laine Ciel grisonnant aux tempes
19.1
Dé-clarté pèse sur mes cheveux Les algues de la pensée Tout mêlé
20蚯蚓出
S’inscrit ce qui pousse entre les grains de l’humus
21竹笋生
Ton baiser sur le miroir te surprend Tu n’en reviens pas Qu’est-ce qu’il y a dans ta tête ce pays où souffle le vent de ton âme
22蚕起食桑
Les vers à soie se régalent des feuilles de mûrier Il y a un an déjà ma tête dévorée sous sa couronne d’épines et son sang de mûre noire
22.1
Je me rendrai à ma compagne de tour et de murailles Nous chanterons la Maison Dieu écroulée et l’alliance toujours pure avec le ciel déversé
23紅花栄
Filles de rois Ondines que j’attrape à l’hameçon de mes yeux éblouis
24麦秋至
Le blé mûri est moissonné Foison Toison d’or de mes forces
25蟷螂生
Les mantes religieuses sortent de l’œuf J’écoute contre mon oreille contre mon éveil le jour pas encore levé
25.1
Ovule rouge du coyote ses promesses sombres ses palettes marbrées de sang neuf
25.2
Le jour appelle de son doigt dressé comme un phare
26腐草為螢
Les herbes mortes renaissent en lucioles je n’ai pas peur
26.1
La toile cirée lactée traversée nous marchons à cloche-pied sautons marelle d’un astre à l’autre d’une myriade à l’autre Petites filles en robe sage
27梅子黄
Confitures confites en dévotion dans les greniers de nos joues Tristesse des sucres d’orge Bouffon, fou du roi – foudroie
28乃東枯
Les brunelles flétrissent l’année bascule Hésite sur son arête frappe d’un côté, de l’autre Sapins tombés des ans passés
28.1
Les pommes de pins insubmersibles voyagent dans la Pangée recouvrent la terre rénovée Continents serrés comme des gousses de clémentine
28.2
Terre bleue sous laquelle court la roche suspendue comme un filet à agrumes dans l’espace
29菖蒲華
Virage violent du regard dissimulé sous le pétale des paupières
29.1
L’orage de la beauté doit laver la pierre jusqu’à la douceur
30半夏生
A-t-on idée de s’appeler comme ça a-t-on idée de s’appeler comme toi idée de t’appeler
31温風至
Chantant à tue-tête hululant mon cœur empli de petits cailloux
32蓮始開
La feuille fendue par le couteau de la pensée
32.1
Pli central La lacune Le puits où l’eau se désespère la nuit
32.2
Un sou neuf roulé sur la tranche La merveille s’en aller à petites foulées petit rayon de miel d’une roue sans rancune
32.3
Tout au bord de la table jeter l’essor
33鷹乃学習
Les faucons apprennent à voler bec courbes, cornes blessant le vent – Il saigne sans un soupir Ayant tout donné déjà
34桐始結花
Maintenant c’est la cosse noire la grappe sèche au cœur du fruit qui danse la nuit quand le chat n’est pas là sur la pelouse
34.1
Pour appeler le tronc pour appeler les branches Feu d’artifice fête de l’impossible pourtant possible Paulownia
35土潤溽暑
Ciel Ouvre le fond de ton vase qu’il s’écroule sur moi chute sombre
35.1
Pénétrez la croûte Faites trembler les outres de l’obscurité Faites danser la terre et les métaux Écartez tout ce qui empêche Faites remonter sur les plaines et les mers La caresse des abysses
36大雨時行
De grosses pluies se mettent parfois à tomber sur les os assemblés
36.1
Le regard s’immacule comme le cristal d’un flocon
36.2
Une mélodie cristalline éparpille l’oubli et le referme derrière mes pas
37涼風至
Mon visage est une forêt vent vert rivière de feuilles sentier qui s’efface dans les fourrés
38寒蝉鳴
Quand la lune a un doigt sur la bouche J’entends un murmure dans le noir des buissons
38.1
Comment rouler dans la nuit la lumière comme une couverture
39蒙霧升降
Donner la douceur c’est la recevoir
39.1
La merveille descend Marche après marche L’escalier Emmenant comme un loup sa lueur Pétale fiché sur la mèche de l’âme
40綿柎開
Les fleurs de coton fleurissent fleurs de neige chaudes Braises sur mes joues
41天地始粛
Le ciel a ramassé la pluie dans sa main en godet il sème
42禾乃登
Grain de riz mes pensées déchirées comme des nuages
42.1
Le dehors fenêtre qui pense
43草露白
À la lèvre une perle venue de l’humidité
43.1
L’animal tapit sa fourrure et ses doutes Dessous dorment les filons grandes allées de matière qui font mine d’être mortes
44鶺鴒鳴
Puits de la pupille Lavons notre regard d’une paupière sans pareille
44.1
Flambées de fleurs sur le sable les rêves broyés menus
45玄鳥去
Mes yeux fermés refusent les lacs du sommeil Je touche d’un orteil les étangs du rêve tout couverts de lentilles d’eau et d’herbes longues
45.1
Dans un courant sans aval ni amont Les cercles sur la surface s’agrandissent comme les yeux d’un hibou
46雷乃収声
Ruissellements de la douleur le long de la colonne serpentine des vertèbres
46.1
Comme si d’une paroi à l’autre le lion du tonnerre avait cessé de se jeter dans l’Afrique jamais vue dans les barreaux de la solitude sur la crinière sèche de la savane
47蟄虫坏戸
Les insectes entrent au plus près du secret dans une nuit odorante nuit de racines sous le bonnet de l’hiver pour mûrir l’œuf et sa saga emmaillottée
48水始涸
Les fermiers drainent l’eau des terres La fin du riz Où est-il ? Dans les jarres au ventre large Et les eaux ne sont pas perdues
48.1
Les talus des rizières côtes saillantes
48.2
Pourtant la faim est sauvée pour d’autres temps
49鴻雁来
Les oies sauvages sont de retour Moi aussi en boucle d’oie en plume de ciel Je suis de retour je suis revenue Effacer mes traces Au retour du carillon de la naissance
50菊花開
Bientôt ce sera la fête des morts que nous moissonnons Le Vésuve coule sur d’autres têtes Pluie blanche du phosphore
50.1
Les chrysanthèmes fleurissent leur or vers d’autres tombes
50.2
Il faut brûler les tisons de nos os les laisser refroidir en d’autres saisons Rosée froide
51蟋蟀在戸
Guet la pointe d’aiguille vive lointain devenu proche si proche
52霜始降
Qui se cache dans les cristaux surgis durant la nuit ? Sur l’herbe et les tiges envahies soupeser le sein d’une rose dans leur paume
52.1
Où est le jardin ? Pas dans le lointain de la mémoire (mais y est aussi)
52.2
Nous nous souvenons du jardin dans son altière présence dont les fruits sont Les yeux renouvelés La bouche ébahie suspendue entre deux souffles par la merveille
52.3
Le mot à venir remplacé par un chant pur comme l’oiseau
53霎時施
Bruines, ruines du ciel éboulé derrière la vitre d’un visage Un visage regardé par l’ailleurs
53.1
L’ailleurs retourne la caresse infiniment douce
54楓蔦黄
Tour crénelé chemin de ronde du jaune couleur disparue
54.1
Mener l’enquête partie dans la nuit – attirée dans un fourré pour saigner sa lumière ?
54.2
Curons les fossés Retrouvons l’enfant perdu
55山茶始開
Une fleur teintée de mauve creuse son pétale improbable dans l’hiver accouru les cheveux pleins de givre
55.1
L’étincelle de chair frotte le silex La lueur du sang jaillit Est-ce la blessure est-ce la lumière Le cœur est au même endroit
56地始凍
vite me jeter sur la flamme Immoler la glace enserrée dans les rameaux
57金盞香
L’épousée du jihad tend sa main tremblante et pure du ciel s’abat la bombe de désir
57.1
Danse Shiva danse tes bras comme des flammes dans mon foyer
57.2
J’ai calmé la fumée épaisse des brouillards chantonné aux flammèches
58虹蔵不見
L’enfant qui marche dans l’oubli Laisse des fleurs de silence sur le sol
58.1
L’arc-en-ciel tire une flèche depuis l’horizon enfui de la couleur
59朔風払葉
Je les ai vues recroquevillées Barques rousses prendre des virages sur les rapides du vent
59.1
Je me couche dans les braises dans le lit oublié Chaudron évanoui potions sans remèdes
60橘始黄
Les feuilles des mandariniers tombent dans le côté perdu De part en part poursuivent leur part plus subtile
60.1
Sonnant dans les taillis la forêt tient son souffle à la suite du soleil allongé sur le champ de colza
61閉塞成冬
Ecureuil il sera, peut-être, la flamme rousse qui brûle la branche avec l’éclair de sa vitesse légère Et moi je contemple à jamais ce signe bouche bée comme un jardin sous la neige
62熊蟄穴
Les crocs de la bruyère déchirent mon intérieur festoyant rideau de théâtre
62.1
Ô mon ours Retourne dans ta tanière Épouse le glaçon de l’hiver
62.2
Dans ton rêve des sanglots puissants comme la mâchoire d’un ours
62.3
Tu te dis qu’ils s’accrochent à l’oreille de celle qui fait sourde sourde oreille
62.4
Grande glaciation migrations inuites Marche tes pas dans ceux des loups de traineau À l’encontre du continent nouveau où les êtres rencontrent leurs prairies
62.5
Le sommeil perdu plein des osselets de la douleur
62.6
Danse sur le bord du monde au-dessus de la faille sur la longue Cordillère de l’oubli.
63鱖魚群
Les saumons se regroupent en bancs autour de la table des eaux Banquet de courants émeraude turquoise et tutti quanti
63.1
Et surtout la transparence qu’ils dégustent comme du caviar Attablés autour de la neige dans l’alliance circulaire couronne le soleil
63.2
Ils oublient les épines le sang les larmes qui coulent sur leur visage Les paroles s’agglutinent comme les œufs de lumps Petites bulles précieuses qui roulent sur leurs papilles
63.3
Les larmes tombent dans les assiettes sans bruit dans les couverts et tous les voient les honorent Tous lèvent leur verre à la flûte de la joie à la grande chute des douleurs
64乃東生
Solstice d’hiver Clenche dorée sur l’année trou de serrure pour mater le germe d’or
64.1
Mon œil solitaire face à son œil insondable
64.2
L’or en pluie d’étoiles sur ce seuil où l’amitié nous accueille de son ondée douce
64.3
Tambour de la colline où les épines sont toujours cachées
64.4
Les doubles pastilles phosphorescentes du regard des bêtes dans la nuit longue comme la descente de lit des galaxies
64.5
Je marche pieds nus dans la nuit pour fouler l’ombre et jaillir le jus sombre et boire les rasades dans le secret du repos
65麋角解
Le cerf bois sanglants couronne d’épines résurrection Antenne pour appeler la foudre plume de combat
65.1
Le soleil passait un pinceau doré sur les rives pleines d’oiseaux et de bois flottés
65.2
Je laisse le courant emmener mes pattes fatiguées ma tête pleine d’eau
66雪下出麦
Le blé pousse sous la neige Elle fond La pluie la mange Dans sa salive passe le coton des nuages
67芹乃栄
Le persil fleurit dans le froid Les lumières de Tokyo passent sur le bord de la route emportées par la nuit Semences confiées au vent
67.1
confidences murmurées à l’oreille croquée au passage comme le bord d’un biscuit
67.2
Ce froid fait pousser ses champs immenses de blanc sous les rayons de la nuit
67.3
Rendre les armes rester coulés
68水泉動
Les sources dégèlent la peur coulures en pente douce sur la mousse vert brillant de mille feux sous la cendre de l’ombre de la forêt
68.1
Racines percent les rives Au coin de l’œil de la source coule une longue larme sur le sol
68.2
Je dois maintenir les affaires d’oiseaux en route, en vie
69雉始雊
Les images entrevues pas plus grandes qu’une feuille emportée tombée au sol décomposée en moi par d’infimes insectes
69.1
Ami perdu sur la pelouse craquante de givre enveloppée d’un papier de soie dans la boîte de l’hiver
69.2
Depuis que les mots sont venus ouvrir mes yeux comme les noisettes de l’écureuil L’attention
70款冬華
Dans les bois en éponge passent en courant chevreuils et ruisseau L’hiver les pousse sur la pente
70.1
M’attendaient le lait gonflé de la vache, le chocolat à briser or brun et violet Le lait qui file sous le couvercle Les flammes orange Poumons satisfaits
70.2
Quand les froids comme des loups fondent sur les monts
70.3
L’océan embrasse de toutes ses vagues les côtes des continents baiser d’îles
70.4
Chansons de lave Comme la saudade éteinte des volcans rauques au lendemain de la fête
71水沢腹堅
Tu es devant moi visage Ton visage est le visage
71.1
On ne voit pas sa propre bouche ni ses yeux sauf à l’aube des miroirs ou dans le tremblotement des eaux
71.2
Le visage c’est ton visage les yeux ce sont tes yeux et ta question celle que tu bois à la source Face à face
72鶏始乳
Le tombeau sonne trois coups secs trois coups becs de l’intérieur J’attends dehors dans le jour qui chante bouche fermée sa lumière